Mozart    -  Symphonie n°41 en Ut    -  Quelques interprétations

                                                                               Les courts extraits présentés sont produits à partir d'enregistrement légaux achetés

                                                                  jean-noël Roblin                       Pr Agrégé de Musique                                   Nice
 
 
 
Une oeuvre musicale de cette envergure n'a cessé de passionner, tout au long du 20ème siècle, un grand nombre de chefs d'orchestres. De très nombreux enregistrements sont aujourd'hui disponibles.

Nous nous contenterons, dans ces quelques lignes, d'aborder ceux qui, à notre sens, ont marqué les mélomanes par leur grand engagement artistique . Procédons à une simple écoute comparative pour nous familiariser avec le commentaire musical, et mettons en regard quelques versions de cette oeuvre. Le commentaire du futur bachelier à l'épreuve musicale y gagnera en qualité, et sera le reflet de sa culture musicale.

 

1er mouvement "Allegro vivace" 

               Une formation symphonique de 90 musiciens . Karl Boehm, il y a quarante ans dirigeait l'Orchestre Philharmonique de Vienne. Le diapason est à 440.
L'effectif est important . La charpente symphonique de cette exécution est lisible et nous propose une grande clarté de lecture.
 Les contrastes dynamiques sont bien réels , le tempo soutenu, et le discours musical semble évident, comme "objectif". Une version sans surprises mais de haute tenue.
C'est la tradition viennoise aujourd'hui disparue et une adéquation stylistique évidente entre un chef et un orchestre.


Ecoutons cette version :
http://www.youtube.com/watch?v=noAPeUlOjfc



Ecoutons maintenant celle-ci :
http://www.youtube.com/watch?v=rETZaTRFHe8
 

            Le tempo est "allant", les timbres instrumentaux sont bien distincts, l'articulation légèrement plus anguleuse, le phrasé plus en relief, les cordes jouent des sons "filés" (sans vibrato), l'organisation  des  changements d'intensité est  très vivante, les attaques plus incisives, les bois plus "colorés".   
C'est l'avènement  des  orchestres  "Baroques" sur  instruments anciens dans  les années  80 avec, dans cet extrait , Christopher Hogwood et l'académie de musique ancienne de Londres.
 


            Avec l' enregistrement de Franz Brüggen, on trouve cet équilibre entre la fraicheur inhérente aux orchestres sur instruments anciens dirigés par des "baroqueux" et la richesse sonore des grandes formations orchestrales. Ce fut la réussite de son "orchestre du 18ème siècle", sur instruments d'époque, qui provoqua, à la fin des années 80, une déflagration historique dans l'univers sonore de ce répertoire . Le diapason est autour de 425.

Voici : 
http://www.youtube.com/watch?v=CzBFHQk17qc
 


Est-il aussi facile d'insuffler le même esprit à une formation  héritière d'une longue tradition symphonique, même si l'on est l'un des fondateurs du renouveau baroque ?

Ecoutons : http://www.youtube.com/watch?v=B-r1q3U5s0g

N.Harnoncourt réussit toutefois, avec le Philharmonique de Vienne, à un résultat dynamique évident. Il installe une vigueur  "motorique", et des phrasés peu courants avec une telle phalange (100 musiciens). Une "force tellurique"...Diront les musiciens...

 


            A l'inverse , la délicatesse , la douceur des phrasés, la rondeur des articulations, la globalité du son, et la simplicité toute classique de l'ensemble est proposée par Jeffrey Tate à la tête d'un  orchestre de 40 musiciens .

Constatons-le : http://www.youtube.com/watch?v=LCtD1XzAJSQ
 


                                   2ème Mouvement : "Andante  Cantabile"

 

    Dans le second mouvement "andante -cantabile", certains chefs, avaient, voilà plusieurs décennies, fait le choix d'un phrasé  consacré à la ligne de chant : 

Accédez à cet enregistrement :      
  
http://www.musicme.com/Josef-Kris/albums/Mozart:-Symphonies-Nos.40-&-41-0028946472125.html
    
 C'est le cas de Joseph Krips à Amsterdam (exemple ci-dessus), mais aussi celui de Bruno Walter à Vienne .

     La modeste qualité technique de ces documents en favorise la perception mélodique,tout comme à New-York, lorsque Bruno Walter reprend l'enregistrement de cette oeuvre :

     Le charme et le cantabile viennois trouvent ici leur accomplissement, associé à un certain refus de subjectivité.
     C'est à Amsterdam que N.Harnoncourt rompait en douceur avec cette tradition, en y installant un peu plus d'incise aux bois et une très légère nervosité intérieure aux cordes, comme un léger suspens, avec une articulation très posée :

 
http://www.musiclassics.fr/player.php?50f9acae286766a36908f6534da67345

     C'est  dans  cette perspective que  s'installe  Franz Brüggen et son orchestre du 18ème siècle en poussant plus loin encore ces idées.

http://www.musicme.com/Frans-Br%C3%BCggen/albums/Mozart:-Symphony-No.41;-La-Clemenza-Di-Tito---Overture-0028942024120.html


     Des  contrastes  dynamiques  plus  importants  et  un  phrasé plus volubile nous font entrer dans la dramaturgie interne de l'oeuvre.    
     Dans la version de Karajan en 1976 , on privilégie la ligne horizontale et son phrasé le plus large ,comme une immense respiration. Le chant prime sur tout le reste.le contrechant , les réponses instrumentales sont soulignées :

http://www.musiclassics.fr/player.php?2f0482e2c0117d68468c2067f2377e4b

     Dans l'interprétation de Trevor Pinnock, la matérialité des timbres est détaillée , et le phrasé qui en découle est d'une vocalité plus riche en couleurs ; les accords de l'harmonie légèrement plus présents et "fruités"... Ecoutez plutôt :

http://www.musiclassics.fr/player.php?3e923d3f38424ee2a1790d0f9827702a

     S'inscivant dans la lignée des grandes versions au tempo délibérément lent, F.Fricsay et l'orchestre de la radion de Berlin retient le temps pour insister sur la ligne et y installer une suspension toute romantique.
http://www.musiclassics.fr/player.php?252719b0b2d864624a5c32316733a284




          
                                             3ème mouvement : "Menuet"
 

Jeffrey Tate dirige l'orchestre de chambre Anglais il y a plus de vingt ans.

http://www.youtube.com/watch?v=ybQq3Qt-8J4

Les choses sont en place, le geste est raisonnable, la réponse musicale de l'orchestre  l'est aussi .
La texture sonore est ronde , les timbres se mêlent .
 Le Tempo est celui d'un menuet qui aurait presque pu être dansé à la fin du ...17ème siècle.
     L'ensemble est un peu  sage ,"terne" écriront  les  critiques.
    L'esprit "symphonique" de l'interprétation, hérité de celle du  19ème siècle  est ici adapté  à un orchestre de 40 musiciens, légèrement plus souple.
Mais ne rechercherions-nous pas trop l'originalité pour elle-même?


Et puis ...

La surprise : René Jacobs dirige l'orchestre baroque de Freiburg en 2007

 
                                         

Le tempo est plus rapide, mais avant tout l'agitation est plus grande. Nous passons de la salle de concert à la salle de théâtre. Nous sommes dans l'urgence de la dramaturgie d'une scène d'opéra. C'est un peu comme si le rideau de scène allait se lever !

Ici , point de tradition symphonique héritée du XIXe siècle, on est  dans une autre rhétorique. Celle du physique et de l'action dramatique.
 Ceci est d'autant plus spectaculaire qu'il s'agit d'un menuet,   
      mouvement classique s'il en est, et souvent plus léger .


Et puis, surgi du passé, la version de Karl Boehm, historique référence...Ce menuet est hors du temps, on y favorise la lecture structurelle, le tempo lent l'éloigne définitivement de son ancien modèle dansé . La pesanteur de l'articulation en délaisse toute appropriation dramatique au sens ou Jacobs l'entend. Son absence de légèreté et de stylisation en font un puissant objet, comme immobile :

http://www.youtube.com/watch?v=UdpNf_1VXwg
 

 



                                          4ème mouvement  :  " Molto Allegro "


     Dans le 4ème mouvement,"Molto Allegro", découvrons une version de l'académie st Martin in the fields (orchestre d'une quarantaine de musiciens) :

     On y respire un air frais et vivifiant. C'est un Mozart  d'une grande transparence,  d'un naturel confondant, et d'un équilibre impressionnant. Neville Marinner est à la baguette.

     On a, en son temps, opposé cet enregistrement à celui de Karl Boehm parlant de "lourdeurs" dans l'interprétation des Viennois...Avec le recul, on se rend compte que le mélomanes des années 70 avait surtout besoin d'une lecture nouvelle, en rupture avec la tradition, et ses grands orchestres :

   http://www.youtube.com/watch?v=yRUlzJn8UeU

     Il serait  intéressant de savoir si Mozart préférerait le classicisme incontournable et  parfois  académique d'Ernest Ansermet en suisse  Romande  avec un grand orchestre symphonique (que le compositeur aurait peut-être rêvé d'avoir)...


  
http://www.musiclassics.fr/fiche/mozart-w-a-symphonie-41-kv551-suisse-romande-ansermet-42-2478735668.html


             ...Ou si son bon plaisir serait de diriger avec la Main de Franz  Brüggen une phalange sur instruments du 18ème siècle , avec cette vigueur, cette puissance, ces contrastes, et cette urgence propre à ce final "Majeur" :

  
écoutez !
                   
Bonne chance pour le Bac  !                                  
                         
                                                                            J.N.Roblin



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